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Témoignage rendu à la Bible
par le Coran |
Chaque fois qu'un chrétien s'appuie sur un passage biblique
pour justifier devant un musulman ce qu'il croit, il obtient de
son interlocuteur invariablement la même réponse: "VOUS
AVEZ MODIFIE VOTRE BIBLE". Pour fonder une accusation aussi
grave, les musulmans se servent du mot harrafa ( ) et invoquent
les versets du Coran où ce mot est employé. Le présent
chapitre sera donc consacré à l'étude du témoignage rendu par
le Coran à la Torah de Moïse, aux Psaumes de David (Zabur) et
à l'Evangile (Injil) de Jésus.
1. Préambule
Mais une première question surgit: "Comment un
non-musulman peut-il entreprendre une étude valable du
Coran?" Je suis le premier à reconnaître le bien-fondé
d'une telle question. En effet, pour comprendre un livre, il faut
adopter, préalablement à son étude, une attitude qui soit en
harmonie avec la vision du monde présentée par le livre en
question. Mais puisque le Coran prétend lui-même être "
un livre clair " , écrit en " claire langue arabe
" ( ) qu'un Quraychite incroyant pouvait comprendre, nous
allons aborder notre étude des textes du Coran comme nous le
ferions pour un passage de la Bible.
Il nous faudra évoquer tous les versets qui ont un rapport
avec le sujet traité, et les évoquer dans leurs contextes. Il
arrivera que ce contexte se limite à un seul verset ou moins.
Mais il se pourra aussi que nous ayons à examiner une page
entière pour déterminer clairement le sens d'un mot ou d'une
phrase.
Des auteurs musulmans ont découvert récemment le besoin de
ce genre d'étude. Dans la préface de son livre God of
justice(1) le Dr. Daud Rahbar
écrit:
"Si nous voulons retracer correctement l'histoire de la
théologie musulmane et bâtir un solide système d'exégèse
coranique, il nous faut absolument savoir au préalable ce que
représentait le Coran pour le Prophète et pour ceux qui
l'entouraient, en tenant compte de leur cadre historique."
Il poursuit en affirmant que les commentateurs du Coran
n'avaient pas rapproché et comparé les versets qui traitent
d'un sujet donné, avant d'en fournir l'interprétation. Il prend
l'exemple suivant, sans grande importance, de Al-Baidawi.
Celui-ci, commentant l'expression "la terre et les
cieux" explique que "terre est mentionnée en premier
parce que tout mouvement pour s'élever, pour escalader, part
d'en bas, c'est-à-dire de la terre". Le Dr. Rahbar ajoute:
"Sur ce, je recherchai d'autres passages du Coran commentés
par Baidawi et m'aperçus que souvent le mot cieux précédait
celui de terre et qu'alors Baidawi ne tenait manifestement plus
compte de ce qu'il avait écrit sur l'importance de l'ordre
terre-cieux."(2)
Le Dr. Rahbar termine sa préface en déclarant être le
premier musulman à avoir entrepris cette étude aussi
systématiquement:
"Après tout, la liste exhaustive constitue bien la
totalité des informations que nous possédions sur un sujet
donné. De quel droit limiterions-nous les citations à quelques
textes alors que trois cents autres traitent du même sujet? Je
suis absolument certain de faire oeuvre pionnière dans ce
domaine. La science musulmane est appelée à faire des progrès
dans l'analyse ou dans la classification des textes avec leurs
contextes présentés dans mon ouvrage, mais personne ne niera
que ces collections exhaustives sont rassemblées ici pour la
première fois."(3)
Pour la traduction française des passages du Coran, je me
suis servi essentiellement de l'ouvrage Le Coran, traduit par
Muhammad Hamidullah, et publié par le Club Français du Livre,
1959. J'ai opté pour cette traduction parce que le Dr. Bucaille
et le Dr. Torki s'y réfèrent souvent. Par ailleurs une nouvelle
édition bilingue (arabe-français) de cette version vient
d'être publiée. Mais il existe encore une raison plus
déterminante à mon choix; elle tient à la traduction
elle-même. Car, comme l'exprime si bien Louis Massignon dans sa
préface, "Hamidullah a essayé de préserver en français
les tournures verbales abruptes et déconcertantes de la syntaxe
arabe coranique."(4)
Malheureusement, ce grand souci de fidélité au texte arabe
aboutit, dans quelques cas, à des tournures françaises
difficilement compréhensibles. Je me suis alors référé à la
traduction de D. Masson, éditée par Gallimard, 1967. Dans la
préface de cet ouvrage, Jean Grosjean, un arabisant qui a, lui
aussi, traduit le Coran, déclare:
"Et, bien qu'il (le Coran) défie parfois des auditeurs
de rien produire de comparable, il répète souvent qu'il parle
en claire langue arabe, qu'il est une explication flagrante. Il
faut louer D. Masson d'avoir eu d'abord cette fidélité-là et
de parler en claire langue française." (5)
Il est important de noter que cette traduction a été
homologuée par l'Assemblée de la Recherche Islamique de
l'Université al-Azhar, au Caire. Voir la photo de cette
attestation dans une version bilingue publiée récemment par Dar
Al-Kitab Al-Masri, B.P 156, Le Caire, Egypte.
Là où il m'a semblé que les traductions anglaises de
Abdullah Yusuf Ali(6) ou de
Muhammad Pickthall(7) étaient
plus proche de l'original arabe, je m'y suis référé. J'ajoute,
cependant que certains mots arabes inclus dans les versets cités
sont si importants pour la discussion que j'ai préféré les
traduire personnellement de façon plus littérale. Dans ce cas,
je ne me suis pas soucié de l'élégance du style; ma
préoccupation majeure était de permettre au lecteur non
familiarisé avec l'arabe de pouvoir cependant suivre pleinement
l'argumentation.
2. Liste des témoignages
Ces remarques préliminaires étant faites, je me propose de
citer tous les textes qui rapportent le témoignage explicite du
Coran rendu à la Bible.
A. Versets qui attestent que la Torah était authentique
au temps de Jésus
Al. Marie (Maryam) 19.12, de la période mecquoise
intermédiaire, an 7 avant l'Hégire.
Dieu dit: "O Jean (Yahya) prends le livre avec force! Et
Nous lui apportâmes la sagesse, tout jeune qu'il était."
A2. La famille d'Amram (Al 'Imran) 3.48, an 2-3 de
l'Hégire.
L'ange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus et dit:
"Et Lui (Dieu) enseigne le Livre de la sagesse et la Torah
et l'Evangile."
A3. L'interdiction (Al-Tahrim) 66.12, an 7 de
l'Hégire.
"De même Marie (la mère de Jésus)... avait traité de
vraies les paroles de son Seigneur ainsi que Ses Livres."
A4. La famille d'Amram (Al 'Imran) 3.49-50, an 2-3 de
l'Hégire.
Jésus dit : "Et me voici en tant que confirmateur de ce
qui EST entre mes mains de la Torah, et pour vous rendre licite
partie de ce qui vous était interdit."
A5. Le rang (Al-Saff) 61.6, an 3 de l'Hégire.
Et quand Jésus fils de Marie dit: "O enfants d'Israël!
Je suis vraiment un messager de Dieu à vous, confirmateur de ce
qui EST entre mes mains de la Torah."
A6. Le plateau servi (Al-Ma'ida) 5.46, an 10 de
l'Hégire.
"Et Nous avons lancé sur leurs (celles de Moïse et des
Juifs) traces Jésus fils de Marie en tant que confirmateur de ce
qui est entre ses mains de la Torah. Et Nous lui avons donné
l'Evangile - où il y a direction et lumière - en tant que
confirmation de ce qui est entre ses mains de la Torah et en tant
que guidée et exhortation pour les pieux."
A7. 5.113.
Et quand Dieu dira: "O Jésus fils de Marie! Rappelle-toi
Mon bienfait sur toi et sur ta mère quand Je te fortifiai de
l'esprit de sainteté! Au berceau tu parlais aux gens, puis comme
homme ayant atteint l'âge mûr. Et quand Je t'enseignai le Livre
de la sagesse et la Torah et l'Evangile!"
Nous pouvons résumer ainsi le contenu de ces versets dont le
premier cité provient des révélations finales de l'an 10 de
l'Hégire:
Jean-Baptiste (Yahya) reçut l'ordre de se saisir du
"Livre" (A1); Marie, la mère de Jésus croyait dans
les "Livres" de Dieu (A3) ; Dieu avait promis, dès
avant la naissance de Jésus de lui enseigner la Torah (A2) ;
Jésus affirma que son Evangile "confirmait la vérité de
la Torah qui est entre ses mains" (A4, A5) ; Dieu confirme,
du temps de Muhammad, qu'Il avait bien enseigné à Jésus la
Torah (A6, A7). Nous en concluons qu'au siècle où vécut
Jésus, la Torah était authentique et n'avait subi aucune
altération.
Ajoutons que la Sourate l'Interdiction, évoquée en A3, et
qui date de l'an 7 de l'Hégire, précise que " Marie
estimait vrais Ses "Livres" ( ~ ) (ceux de Dieu); il ne
peut s'agir que des livres donnés au peuple d'Israël par les
Prophètes, au même titre que la Torah avait été donnée au
peuple par Moïse.
B. Versets qui attestent qu'il y a eu de vrais
chrétiens dans l'intervalle de temps qui sépare Jésus de
Muhammad
B1. Le plateau servi (Al-Ma'ida) 5.110-111, de l'an 10
de l'Hégire.
Et quand Dieu dira: " O Jésus fils de Marie,
rappelle-toi Mon bienfait sur toi... Et quand Je t'enseignerai le
Livre et la sagesse et la Torah et l'Evangile... Et quand J'ai
révélé aux apôtres ceci: Croyez en Moi et en Mon messager
(Jésus ), ils lui (à Jésus) dirent: Nous croyons, et sois
témoin qu'en vérité nous sommes des musulmans (des
Soumis)."
B2. La famille d'Amram (Al 'Imran) 3.52-53, de l'an 2-3
de l'Hégire.
Puis, quand Jésus sentit de la mécréance de leur part, il
dit: "Qui sont mes secoureurs en Dieu? Les apôtres dirent :
Nous sommes les secoureurs de Dieu! Nous croyons en Dieu et sois
témoin que certes nous sommes des musulmans (des Soumis).
Seigneur, nous avons cru en ce que Tu as fait descendre, et
suivi le messager (Jésus)."
B3. Le rang (Al-S aff) 61.14, an 3 de l'Hégire.
O vous les croyants! Soyez les auxiliaires de Dieu, comme au
temps où Jésus fils de Marie, dit aux apôtres : "Qui
seront mes auxiliaires dans la Voie de Dieu? Les apôtres dirent:
Nous sommes les auxiliaires de Dieu! Un groupe des fils d'Israël
crut, un groupe fut incrédule. Nous avons soutenu contre leurs
ennemis ceux qui croyaient et ils ont remporté la
victoire." (Trad. D. Masson).
B4. Le fer (Al-Hadid) 57.26-27, an 8 de l'Hégire.
"Et très certainement, Nous avions envoyé Noé et
Abraham, et assigné à leur descendance la fonction de prophète
et le livre. Puis, tel en fut qui se guida, tandis que beaucoup
d'autres furent pervers.
Sur leurs traces Nous avions fait suivre Nos messagers tout
comme Nous avions fait suivre Jésus fils de Marie, tandis que
Nous lui avions apporté l'Evangile, et mis au coeur de ceux qui
le suivirent, douceur et mansuétude, ainsi que le monachisme
qu'ils inventèrent - Nous ne leur avions rien prescrit... - Nous
avions apporté leur salaire à ceux d'entre eux qui crurent.
Beaucoup d'entre eux cependant furent pervers." Cf. 5.85.
Ce verset nous apprend une chose intéressante : bien que le
monachisme ne venait pas de Dieu, il y eut d'authentiques
croyants parmi ces disciples de Jésus, et ils reçurent "
la récompense méritée" (dans le ciel).
Historiquement parlant, le monachisme débute au 4e siècle.
Mais des hommes, tels que Paul de Thèbes, menaient déjà une
vie d'ermite dès le 3e siècle. St-Antoine d'Egypte fut le
premier à organiser de petits groupes d'anachorètes en 305. Le
monachisme s'implanta aussi dans le Sinaï à la même époque.
B5. La grotte (Al-Kahf) 18.10-25, Sourate mecquoise:
Quand les jeunes gens se furent réfugiés vers la grotte, ils
dirent: "O notre Seigneur apporte-nous de Ta part une
miséricorde ; et arrange-nous une bonne conduite de notre
affaire."
Or ils demeurèrent dans leur grotte trois cents ans, et en
ajoutèrent neuf.
Yusuf Ali indique dans plusieurs notes de sa traduction du
Coran que cet épisode pourrait désigner 7 jeunes chrétiens
d'Ephèse qui trouvèrent refuge dans une caverne lors des
persécutions et furent plongés dans un sommeil de trois
siècles. Il propose des dates s'échelonnant entre 440 et 450 de
1'ère chrétienne comme époque marquant la fin de leur sommeil.
Yusuf Ali ajoute que le calife Wathiq (842-846 ap.J-C.) avait
envoyé une expédition pour examiner et identifier la localité.(8) Dans son commentaire du verset,
Hamidullah ne fait qu'évoquer cette hypothèse mais pense qu'
"il s'agit plutôt d'une époque bien antérieure au
Christianisme".
B6. Les constellations (Al-Buruj) 85.4-9, de la
période mecquoise primitive
"A mort les gens de l'Ukhdûd, du feu plein de
combustible! Tandis qu'ils s'y trouvaient assis, témoins de ce
qu'ils faisaient aux croyants a qui ils ne reprochaient que
d'avoir cru en Dieu..."
Dans la note qui accompagne sa traduction, Hamidullah applique
cet épisode à un roi juif du Yémen, du nom de Dhou Nuwas, qui
persécuta des chrétiens au 6e siècle, livrant aux flammes ceux
d'entre eux qui refusèrent de se convertir au judaïsme. Le
calife Omar construisit au Yémen une grande mosquée pour
honorer les martyrs chrétiens."(9)
Yusuf Ali fait également état de cette explication possible.(10)
Des trois premières citations coraniques, retenons ceci : les
disciples de Jésus furent "inspirés" par Dieu pour
suivre le Messie (B1) ; ils acceptèrent d'être les
"auxiliaires de Dieu" (B2, B3) ; ils furent les
vainqueurs (B3). De plus, même lorsque le monachisme se
développa (B4), c'est-à-dire au 4e siècle, il existait encore
d'authentiques croyants.
Si Muhammad et ses contemporains de La Mecque appliquaient les
événements évoqués en B5 et en B6 à un contexte chrétien,
alors nous aurions un témoignage coranique en faveur de
chrétiens véridiques, agréés par Dieu, à Ephèse (Turquie
actuelle) en l'an 450 ap. J.-C., et au Yémen au 6e siècle,
comme l'atteste le martyre rappelé ci-dessus.
Certes, on doit reconnaître que ces versets ne disent rien
des doctrines professées par ces chrétiens. Mais on peut penser
que des groupes de chrétiens disséminés dans une région
comprise entre la Turquie et le Yémen ont dû laisser des copies
des Ecritures et de leurs propres écrits - et certaines auraient
pu nous parvenir. Si leurs Ecritures avaient été différentes
de la Torah et de l'Evangile, tels que nous les possédons
aujourd'hui, et dont des copies datant de l'an 350 ap. J.-C. sont
conservées au British Museum et au Vatican, nous en aurions
très certainement trouvé des traces.
C. Versets qui attestent que la Torah et
l'Evangile n'avaient pas été altérés à l'époque de Muhammad
Cl. Saba (Saba) 34.31, Sourate mecquoise ancienne.
Et ceux qui mécroient disent: "Jamais nous ne croirons
à ce Coran ni à ce qui EST entre ses mains (la Torah et
l'Evangile)..."
Remarque: Les verbes qui sont employés au temps
présent pour Muhammad et pour son peuple sont imprimés en
lettres capitales. Les caractères italiques sont réservés pour
les allusions faites à des groupes de juifs ou de chrétiens
envisagés tantôt comme croyants, tantôt comme incrédules au
temps de Muhammad. De leur existence ainsi bien attestée par le
Coran on peut déduire qu'il y avait donc de vrais croyants qui
n'ont certainement pas altéré leurs Ecritures.
C2. Le créateur ou les anges (Fatir) 35.31, Sourate
mecquoise ancienne.
"Et ce que Nous te révélons du Livre, c'est cela la
vérité, confirmation de ce qui EST entre ses mains (la Torah et
l'Evangile)..."
C3. Jonas (Yunus) 10.37, Sourate mecquoise tardive.
"Ce Coran n'a pas été inventé par un autre Dieu. C'est
la confirmation de ce qui EST (Torah et Evangile) entre ses
mains; l'explication du Livre envoyé par le Seigneur des mondes
et qui ne RENFERME ancun doute." (trad. D. Masson).
C4. Joseph (Yusuf) 12.111, Sourate mecquoise tardive.
"Ce (le Coran) n'est point là récit à être
blasphémé, c'est au contraire la confirmation de ce (Torah et
Evangile) qui EST entre ses mains l'exposé détaillé de toute
chose une direction et une miséricorde pour un peuple qui
croit."
C5. Les bestiaux (Al-An'am) 6.154-157, Sourate
mecquoise tardive.
"Ensuite Nous avons donné à Moïse le Livre, -
complément du bien qu'il avait fait et exposé détaillé de
toute chose, et guidée et miséricorde; peut-être auraient-ils
cru en la rencontre de leur Seigneur? Et voici (le Coran) un
Livre béni que Nous avons fait descendre suivez-le donc et
comportez-vous en piété. Peut-être vous sera-t-il fait
miséricorde? - Afin que vous ne disiez pas : Oui, on n'a fait
descendre le Livre que sur deux peuples d'avant nous, et nous
étions bien dans l'ignorance de leur étude. Ou que vous disiez:
Si c'était à nous qu'on eût fait descendre le Livre (Torah et
Evangile) nous aurions certainement été mieux guidés
qu'eux."
C6. Le croyant (Al-Mu'min) 40.69-70, Sourate mecquoise
tardive.
"N'as-tu (Muhammad) pas vu ceux qui disputent sur les
signes de Dieu? Comme ils se sont écartés! Ceux qui
TRAITENT DE MENSONGE le livre et ce (Livre) avec quoi Nous
avons envoyé Nos messagers? Et bien, ils vont savoir quand, des
carcans à leurs cous et avec des chaînes ils seront
entraînés."
C7. Al-Ahqaf 46.12, Sourate mecquoise tardive.
Et avant ceci, il y avait le Livre de Moïse, comme dirigeant
et miséricorde. Ce Livre-ci cependant est un confirmateur en
langue arabe, pour avertir ceux qui prévariquent, pour être
aussi, bonne annonce aux bienfaisants."
C8. 46.29-30.
"Et quand Nous déployâmes vers toi une troupe de djinns
qui prêtèrent l'oreille à la Lecture (le Coran)... Puis, quand
elle fut finie, ils retournèrent à leur peuple en avertisseurs.
Ils dirent: "Peuple ! Nous venons d'entendre en vérité un
Livre qui a été descendu (révélé) après Moïse,
confirmateur de ce qui EST entre ses mains (Torah). Il guide vers
la vérité et vers un chemin droit."
C9. La vache (Al-Baqara) 2.91, an 2 de l'Hégire.
Et quand on leur dit : "Croyez à ce que Dieu fait
descendre, il disent : Nous croyons à ce qu'on nous a fait
descendre à nous (la Torah). Et ils mécroient le reste, cela
même qui est vérité confirme ce (la vérité) qui EST AVEC EUX
(la Torah)..."
Cl0. La famille d'Amram (Al'Imran) 3.3, an 2-3 de
l'Hégire.
"Il (Dieu) a peu à peu fait descendre sur toi le Livre,
avec vérité en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui
EST entre ses mains (la Bible). Et il a fait descendre en bloc la
Torah et l'Evangile."
C11. Les femmes (AI-Nisa') 4.162-163, an 5-6 de
l'Hégire.
"Mais ceux d'entre eux (les juifs) qui sont bien
enracinés dans la science ainsi que les croyants CROIENT en
ce qu'on a fait descendre sur toi (Muhammad) et en ce qu'on a
fait descendre avant toi... Oui, Nous t'avons fait révélation
comme Nous avons fait révélation à Noé et aux prophètes
après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à
Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus, à Jésus, à Job, à
Jonas, à Aaron, à Salomon, et Nous avons donné le Psautier à
David."
C12. Le repentir (Al-Tauba) 9.111, an 9 de l'Hégire.
"Oui, aux croyants le Paradis! Ainsi Dieu a-t-Il acheté
leurs personnes et leurs biens: ils combattent dans le sentier de
Dieu, puis ils tuent aussi bien qu'ils sont eux-mêmes tués.
Promesse vraie qui, dans la Torah et l'Evangile et le Coran Lui
incombe. Et qui, plus que Dieu, est à remplir son contrat?"
C13. Le plateau servi (Al-Ma'ida) 5.48, an 10 de
l'Hégire.
"Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le
Livre avec vérité, en tant que confirmateur du Livre ( la Torah
) qui EST entre ses mains et en tant que son protecteur
(~~).."
Dans ces versets nous sommes donc en présence d'un puissant
témoignage rendu à la Torah et à l'Evangile qui apparaissent
comme des Ecrits authentiques et concrètement présents à
l'époque de Muhammad.
Le Coran affirme être un "confirmateur", en
langue arabe, du Livre de Moïse (C7) devenu nécessaire du fait
que les habitants de La Mecque ne pouvaient comprendre ce que
"les deux peuples avant eux" avaient appris par
"une étude assidue" ; ou qu'ils l'auraient mieux suivi
(C5). En outre, il affirme être une explication de la Torah et
de l'Evangile, ce "Livre qui ne RENFERME aucun doute"
(C3), en même temps que son protecteur (C13).
Les mecquois déclarent: "Nous ne voulons pas croire au
Coran ni en ce qui EST entre ses mains de la Torah et de
l'Evangile (C1). Certains des juifs affirment ne vouloir croire
qu'en ce qui leur a été révélé à eux, même si le Coran
confirme la vérité de ce qui "EST AVEC EUX" (C9).
Ceux qui REJETTENT (maintenant) le Coran et ce Livre que Nous
avons envoyé avec nos messagers seront jugés (C6). Mais ceux
d'entre les juifs qui sont enracinés dans la connaissance
CROIENT en ce qui a été révélé à Muhammad et dans ce (la
Torah) qui a été révélé avant lui (Cl1). Les djinns aussi
croient à la fois dans le Coran et dans la Torah (C8).
Dans l'une des dernières Sourates révélées à Muhammad,
celle du Repentir, il est explicitement déclaré : "La
Promesse de Dieu EST vraie dans la Torah, dans l'Evangile et dans
le Coran." (C12).
Revenons un instant sur l'expression entre ses mains (baina
yadaihi ) qui est revenue maintes fois dans les textes coraniques
mentionnés (C2, C3, C4, C8, ClO, C13, ainsi que précédemment
en A5 et en A6). J'ai choisi de traduire cette expression arabe
mot à mot, seul moyen de rendre le temps présent qui accompagne
ces mots. L'expression revêt souvent un sens littéral
"entre", ou "dans ses mains", mais c'est le
plus souvent une tournure idiomatique pour signifier "en
présence de", "en face de", "devant
quelqu'un", "en sa possession" ou "à sa
disposition". Ainsi la phrase arabe traduite littéralement
"les mots sont entre vos mains" signifie en fait :
"Vous avez la parole". De même : "aucune arme
n'est entre ses mains" veut dire "il est
désarmé". La Sourate 34.12 parle des "djinns qui
travaillent entre les mains de Salomon". Yusuf Ali a traduit
: "... travaillent en face de lui", mais, dans un note
il explique: "les djinns travaillent sous ses yeux".
Ces versets donnent donc le sens général suivant: le Coran
serait venu pour confirmer, attester et vérifier la Torah et
l'Evangile qui sont maintenant "en sa présence" ou
"devant ses yeux". Ils appuient le témoignage rendu
par les versets des autres paragraphes de cette section : Muhammad
admettait l'existence d'une Torah et d'un Evangile authentiques
"sous ses yeux".
D. Versets qui attestent que Muhammad cite ou
évoque effectivement la Torah et/ou l'Evangile
Dl. L'Etoile (Najm) 53.33-38, de la période mecquoise
primitive
"Eh bien, le vois-tu (Muhammad) celui qui tourne le dos
et donne peu et interrompt même? A-t-il près de lui science de
l'invisible, pour qu'il voie? Ne lui a-t-on pas donné nouvelle
de ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d'Abraham, l'homme
de devoir? Que nul porteur, en vérité, ne porte le port
d'autrui..."
D2. Les Poètes (Al-Shu'ara') 26.192-197, de la
période mecquoise intermédiaire.
" Oui, c'est là ce que le Seigneur des mondes a fait
descendre; et avec cela est descendu l'Esprit fidèle, sur ton
coeur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs en claire
langue arabe. Oui, et ceci EST déjà dans les Ecrits (Zubur) aux
anciens. N'EST-ce pas pour eux un signe, que les savants des
Enfants d'Israèl le RECONNAISSENT?"
D3. Ta-Ha 20.133, de l'an 7 pré-hégirien.
"Et ils (les mecquois) disent: "Pourquoi celui-ci ne
nous apporte-t-il pas de son Seigneur un signe? La Preuve de ce
qui EST dans les anciens Livres (~~ ) ne leur est-elle pas
venue?"
D'après le commentaire de Baidawi sur ce verset, les mot
"anciens livres" s'appliquent à "la Torah et à
l'Evangile et à tous les livres divins".
D4. Les Prophètes (Al-Anbiya') 21.7, de la période
mecquoise intermédiaire.
"Or Nous n'avons envoyé avant toi (Muhammad) que des
hommes à qui Nous faisions révélation. DEMANDEZ donc aux gens
du Rappel (les juifs et les chrétiens) si vous ne savez pas
!"
D5. Les Prophètes (Al-Anbiya') 21.105, période
mecquoise intermédiaire.
Et très certainement Nous avons écrit dans le Psautier,
après le Rappel (donné à Moïse): "Oui, ils hériterons
la terre, Mes esclaves, gens de bien" .
Il s'agit là d'une citation du Psaume 37.29: "Les Justes
posséderont la terre et ils y demeureront à jamais". En
rapprochant cette citation du verset 7 de la même Sourate, il
apparaît clairement que, d'après le Coran, Dieu considère les
Psaumes comme faisant encore autorité et comme vrais à
l'époque de Muhammad.
D6. L'Ornement (Al-Zukhruf) 43.44-45, de la période
mecquoise tardive.
"Oui ceci (le Coran) est un Rappel, certes, pour toi
(Muhammad) ainsi que pour ton peuple. Et vous serez bientôt
interrogés. Et DEMANDE à ceux de Nos messagers que Nous avons
envoyés avant toi, si Nous avons désigné, en dehors du Trés
Miséricordieux, des dieux à adorer?"
D'après Baidawi, Jelaleddin et Yusuf Ali, l'expression
"demande à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés
avant toi" signifie: "Interroge ceux qui ont été
instruits par leurs écrits et enseignés de leurs doctrines
". Par conséquent, ces écrits et ces doctrines étaient
accessibles à l'époque de Muhammad.
D7. Jonas (Yunus) 10.94, de la période mecquoise
tardive.
"Et si tu (Muhammad) es en doute sur ce que Nous avons
fait descendre vers toi, alors DEMANDE ceux qui dès avant toi
LISENT le Livre..."
D8. Les Abeilles (Al-Nahl) 16.43, periode mecquoise
tardive
"Nous n'avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes
à qui Nous avions fait révélation. DEMANDEZ donc aux gens du
Rappel (les juifs et les chrétiens), - Si vous ne savez
pas..."
D9. Le Voyage nocturne (Al-Isra') 17.101, an 1
pré-hégérique:
"Nous avons apporté à Moïse neuf signes manifestes,
DEMANDE (O Muhammad) donc aux Enfants d'Israël ..."
D10. 17.107-108:
Dis: "Croyez (au Coran) ou ne croyez pas (O Mecquois).
Ceux à qui science a été donnée avant cela, lorsqu'on le leur
a récité, oui, tombent sur le menton, prosternés... Et cela
les fait croître en humilité."
D11. Le Tonnerre (Al-Ra'd) 13.43, période mecquoise
tardive:
Les incrédules disent: "Tu (Muhammad) n'es pas un
envoyé ! Dis: Dieu suffit comme témoin entre moi et vous; et
lui qui POSSEDE la science du Livre."
D12. Al-A'raf 7.156-157, période mecquoise tardive:
"Je prescrirai donc Ma miséricorde pour ceux qui
pratiquent la piété et acquittent l'impôt, pour ceux aussi qui
sont croyants en Nos signes, ceux-là qui suivent le messager, le
prophète gentil qu'ils trouvent en toutes lettres CHEZ EUX dans
la Torah et dans l'Evangile..."
D13. 7.159:
"Et dans le peuple de Moïse, Il est une communauté
(UMMA), qui GUIDE avec le droit et qui, par là EXERCE la
justice."
D14. 7.168-170:
"Nous les avons divisé, sur la terre, en communauté :
Il y a parmi eux des justes et d'autres qui ne le sont pas. Nous
les avons éprouvés par des biens et par des maux. Ils
reviendront peut-être vers Nous .... L'alliance du Livre
n'a-t-elle pas été contractée ? Elle les OBLIGE A NE DIRE sur
Dieu que la vérité, puisqu'ils ont étudié le contenu de
Livre... Pour ceux (juifs) qui S'ATTACHENT fermement au Livre;
pour ceux qui s'acquittent de la prière. Nous ne laisserons
certainement pas perdre la récompense de ceux qui
s'amendent." (Trad. D.Masson).
D15. La vache (Al-Baqara) 2.113, an 2 de l'Hégire:
Et les juifs disent : "Les chrétiens ne sont pas dans le
vrai !" . Et les chrétiens disent : "Les juifs ne sont
pas dans le vrai ! Et pourtant ils LISENT le Livre. (Trad. D.
Masson).
D16. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.23, an 2-3 de
l'Hégire:
"Ne les as-tu pas vus ceux à qui on avait donné une
part du Livre, et qui ont été invités au Livre de Dieu (Torah)
pour qu'il soit leur juge? Puis un groupe des leurs tourne
le dos : des indifférents."
Les commentateurs appliquent ces versets à différents
incidents, mais ils sont unanimes à penser que des juifs
s'étaient adressés à Muhammad et avaient demandé son
arbitrage. Muhammad leur ayant suggéré d'en référer à leurs
Ecritures, ils refusèrent et s'en allèrent.
D17. 3.79:
Il ne conviendrait pas à un homme, à qui Dieu donne le Livre
et la sagesse et la dignité de prophète, de dire ensuite aux
gens : "Soyez des adorateurs en marge de Dieu !", mais
"Soyez des vrais dévôts"* (rabbaniyin) du Seigneur,
puisque vous ENSEIGNEZ le Livre et puisque vous ETUDIEZ.
* Au lieu de "dévôts"', D. Masson traduit :
"maîtres"
D18. 3.93-94:
"Toute nourriture était licite aux enfants d'Israël,
sauf celle qu'Israël lui-même s'interdit avant qu'on eut fait
descendre la Torah. Dis: Venez donc avec la Torah, et RECITEZ-LA,
Si vous êtes véridiques! Donc, quiconque, après cela,
blasphème le mensonge contre Dieu... ce sont eux les
prévaricateurs."
D19. Les Femmes (Al-Nisa') 4.60, an 5-6 de l'Hégire
"N'as-tu (Muhammad) pas vu ceux-là : qui en vérité
prétendent croire à ce que Nous t'avons révélé, et qui a
été révélé avant toi? Ils veulent s'en rapporter aux Taghout
(idoles), bien qu'ils aient reçu l'ordre (dans la Torah) de ne
pas croire en eux. Le démon veut les jeter dans un profond
égarement." (Trad.D. Masson).
D20. La Victoire (Al-Fath) 48.29, an 6 de l'Hégire:
"Leur marque est sur leurs visages (ceux des croyants
musulmans) la trace de prosternations. Voilà l'image qu'on DONNE
d'eux dans la Torah. Et l'image que l'on DONNE d'eux dans
l'Evangile, c'est celle de la semence qui sort sa pousse, puis
Dieu l'affermit, puis elle s'épaissit, puis elle se dresse sur
sa tige, à l'émerveillement des semeurs."
Ce texte semble être une allusion non voilée au paroles de
Jésus rapportées dans Marc 4.26-28 : "Il dit encore: Il en
est du royaume de Dieu comme d'un homme qui jette sa semence en
terre qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la semence germe
et croît sans qu'il sache comment. La terre produit d'elle-même
premièrement de l'herbe, puis l'épi, enfin le blé bien formé
dans l'épi et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille
car la moisson est là."
D21. Le Plateau servi (Al-Ma'ida) 5.43, an 10 de
l'Hégire
"Mais comment peuvent-ils (les juifs) te prendre pour
juge: ils ont près d'eux la Torah où EST le jugement de
Dieu."
D22. 5.45:
Et Nous y avons prescrit pour eux: "Vie pour vie, oeil
pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le
talion aussi pour les blessures." Après, quiconque en FAIT
charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas
d'après ce que Dieu a fait descendre eh bien, les voilà les
prévaricateurs.
Dans ce passage coranique, Dieu répète les paroles qu'il a
données lui-même à Moïse dans la Torah. "Mais s'il y a
un accident, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour
dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure,
blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure."
Exode 21.23-25.
Les juifs de Médine sont donc avertis : "Et quiconque ne
JUGE pas d'après ce que Dieu a fait descendre (la Torah), eh
bien voilà les prévaricateurs."
D23. 5.47, an 10 de l'Hégire
"Que les gens de l'Evangile JUGENT les hommes d'après ce
que Dieu y a révélé. Les pervers sont ceux qui ne jugent pas
les hommes d'après ce que Dieu a révélé."
D24. 5.65-68 :
"Oui, Si les gens du Livre croyaient et craignaient Dieu,
Nous aurions effacé leurs mauvaises actions; Nous les aurions
introduits dans les Jardins du Délice. S'ils avaient observé la
Torah et I'Evangile et ce qui leur a été révélé par leur
Seigneur, ils auraient certainement joui des biens du ciel et de
ceux de la terre.
Il existe, parmi eux, des gens (Umma) modérés mais
beaucoup d'entre eux font le mal".
Dis: "O gens du Livre Vous ne vous appuyez sur rien, tant
que vous n OBSERVEZ pas la Torah, l'Evangile et ce qui vous a
été révélé par votre Seigneur."
Les versets précédents témoignent d'une présence continue
d'une authentique Torah et d'un authentique Evangile à l'époque
de Muhammad et ces écrits étaient reconnus aussi bien par les
musulmans que par les non-musulmans.
A La Mecque, un incrédule qui se détourne connaît ce qui
EST dans les feuilles de Moïse et d'Abraham (Dl). Une preuve
évidente leur a été fournie dans ce qui EST dans les Ecrits
aux anciens (D3). Muhammad fait appel à "celui qui POSSEDE
la science du Livre" (D11).
Certains textes affirment que l'annonce du Coran "EST
(incluse) dans les Ecrits des anciens" et que "les
savants des Enfants d'Israël le RECONNAISSENT (D2). Ceux à qui
la connaissance avait été révélée avant CROIENT en lui (le
Coran) (D10). Certains juifs sont des justes et
"S'ATTACHENT fermement au Livre" (la Torah), mais
d'autres refusent de reconnaître Muhammad bien qu'ils aient
ETUDIE avec soin leur Livre (D14).
Juifs et chrétiens "LISENT le Livre" (D15) et
"ENSEIGNENT le Livre" (D17).
Certains juifs sont des justes (D14) qui GUIDENT avec
le droit et qui EXERCENT la justice (D13) ; parmi les juifs et
les chrétiens, il existe des gens modérés (D24).
Les Mecquois sont exhortés à "DEMANDER aux gens du
Rappel, s'ils ne le savent pas" (D4, D8) et à
"DEMANDER à ceux des messagers que Dieu a envoyés"
c'est-à-dire à interroger les gens instruits dans leurs écrits
et dans leurs doctrines (D6).
Muhammad est invité à "DEMANDER à ceux qui LISENT le
livre avant lui, s'il doutait" (D7), et à "DEMANDER
aux enfants d'Israël" à propos des neuf signes évidents
donnés à Moïse (D9).
Nous constatons encore par d'autres passages que Dieu répète
certains commandements de la Torah, mettant en demeure les juifs
de JUGER d'après ces commandements (D22) et qu'il fait une
citation des Psaumes de David (D5). Il compare les croyants
musulmans à ceux qui se prosternaient comme l'indique la Torah,
et fait allusion à la parabole du semeur dans l'Evangile de
Jésus pour illustrer la foi des croyants (D20).
Muhammad invite les juifs à apporter la Torah afin qu'elle
soit leur JUGE (D16). Ailleurs, Muhammad les presse d'APPORTER la
Torah et de la RECITER s'ils sont véridiques (D18).
Dieu demande à Muhammad pourquoi les juifs viennent le
trouver lui, alors qu'ils ONT la Torah où EST le jugement de
Dieu (D21); les chrétiens sont exhortés à JUGER d'après ce
que Dieu a révélé dans l'Evangile (D23).
Dieu déclare que la Torah et l'Evangîle SONT CHEZ EUX (D12).
Dans la dernière Sourate reçue par Muhammad, la Sourate du
Plateau servi (Al Ma'ida ), de l'an 10 de l'Hégire, les juifs
ainsi que les chrétiens sont mis en face du même reproche: Vous
ne vous appuyez sur rien tant que vous n'OBSERVEZ pas la Torah et
l'Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre
Seigneur (D24).
Voici le hadith que rapporte à propos de ce passage (D24) Ibn
Ishaq, l'un des commentateurs:
"Rafi, le fils de Haritha, et Salam Ibn Mashkum, ainsi
que deux autres vinrent trouver Muhammad et lui dirent: "O
Muhammad! N'as-tu pas affirmé être un disciple de la religion
d'Abraham et de sa foi? Ne crois-tu pas en ce que nous avons la
Torah et n'attestes-tu pas qu'elle tire vraiment son origine de
Dieu?"
Il répondit : " Si ! Mais, en vérité, vous avez
inventé de nouvelles doctrines et vous niez son contenu relatif
à l'alliance que Dieu a conclue avec vous et vous cachez ce
qu'il vous a été demandé de révéler à l'humanité. C'est
pourquoi je me sépare de vos idées nouvelles."
Ils reprirent : " Quant à nous, nous nous en tenons à
ce qui est entre nos mains, et nous suivons la vérité et la
direction; nous ne croyons pas en toi et ne voulons pas te
suivre".
Alors le Dieu grand et glorieux révéla : Dis : " O Gens
du Livre ! Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n'observez
pas la Torah, l'Evangile et tout ce qui vous a été révélé
par votre Seigneur."(11)
Si ce hadith est vrai, alors il prouve que Muhammad croyait
dans la Torah dont disposaient les juifs de Médine en l'an 10 de
l'Hégire. Même s'il ne s'agit pas d'un hadith fort (voir
chapitre 11, deuxième section), il n'en constitue pas moins un
témoignage important en faveur de la connaissance qu'avaient les
musulmans des deux premiers siècles de l'Hégire, de la Torah et
de l'Evangile en Arabie.
Outre le hadith ci-dessus, nous disposons de 24 passages
examinés dans ce paragraphe et de 13 autres examinés dans le
précédent, soit 37 citations au total, qui attestent qu'il
existait, du vivant de Muhammad, une Torah et un Evangile
authentiques, accessibles aux habitants de La Mecque et de
Médine.
Des musulmans peuvent bien prétendre que la Torah et
l'Evangile authentiques répandus en Arabie étaient différents
des Ecrits correspondants contemporains. Mais où sont passés
cette Torah et cet Evangile authentiques? On peut supposer que
des musulmans auraient conservé des livres d'une telle
importance dans l'une des nombreuses bibliothèques islamiques
répandues de par le monde, ne serait-ce que pour aider les juifs
et les chrétiens à "observer la Torah et l'Evangile".
Cela nous aurait permis, en outre, de comparer ces exemplaires
avec ceux conservés par les juifs et par les chrétiens.
Mais il faut nous rendre à l'évidence il n'existe pas de
tels écrits. Aucun exemplaire de cette Torah prétendument
différente n'a été conservée par les musulmans. Il n'existe
qu'une seule Torah au monde et elle EST entre les mains des juifs
et des chrétiens, de même qu'il n'existe qu'un seul Evangile au
monde, et il EST entre les mains des chrétiens.
E. Les versets qui attestent que la Torah et/ou
l'Evangile sont bons, mais ces versets ne précisent pas
clairement leur époque
En introduction à ce chapitre j'avais déclaré qu'une étude
sérieuse d'un sujet imposait que tous les versets et toutes les
données concernant ce sujet soient cités. Quelque 55 autres
passages coraniques mentionnent la Torah et l'Evangile, mais
comme aucun d'eux ne confirme ou n'infirme l'existence de ces
livres à l'époque de Muhammad, je me contente de ne donner que
la liste complète de ces références.
Voici la liste des références
74.31; 87.18; 25.35; 35.25; 34.23-24; 54.43; 37.114-117;
19.28-29; 21.48; 29.27; 29.46-47; 32.23; 40.53-55; 41.45; 42.15;
45.16-17; 45.28-29; 46.10; 11.16-17; 28.43; 28.48-49; 28.52-53;
23.49; 13.36; 17.2; 17.4-7; 17.55; 6.20; 6.114; 6.124; 98.1;
2.1-5; 2.53; 2.87; 2.121; 2.136; 2.144-145; 2.176; 2.213; 2.285;
3.65; 3.81; 3.84; 3.99; 3.119; 3.183-184; 3.187; 62.5; 4.51;
4.54; 4.131; 4.136; 4.150-153; 4.171; 57.25; 5.62; 5.85-86.
Le lecteur peut, s'il le désire, examiner ces passages et les
discuter s'il estime que l'un ou la totalité de ces textes
modifient mes conclusions.
F. Versets qui attestent les divergences et les
luttes entre chrétiens
Fl. La Consultation (Al-Shura) 42.13-14, période
mecquoise tardive:
"Il vous a tracé, en matière de religion, le chemin
qu'il avait enjoint à Noé, et ce que Nous te révélons ainsi
que ce que Nous avons enjoint à Abraham et à Moïse et à
Jésus, C'est ceci .. "Etablissez la religion ; et n'y
divergez pas ( ~ ~ )." ... Ils ont divergé, par rebellion
entre eux, qu'après que science leur fut venue. Et si une parole
de la part de ton Seigneur n'eût pas pris les devants jusqu'à
un terme dénommé, tout aurait été décidé entre eux ! Oui,
et ceux à que le Livre a été donné en héritage après ces
gens-là sont à son sujet dans un doute qui mène à
l'incertitude !"
F2. La Preuve (Al-Baiyina) 98.14, période primitive à
Médine:
"Et ceux à qui le Livre a été donné ne se sont
divisés ( ~ ) qu'après que la preuve leur fut venue."
F3. La Vache (Al-Baqara) 2.253, an 2 de l'Hégire:
"A Jésus fils de Marie, Nous avons apporté les preuves
et l'avons fortifié par l'esprit de sainteté. Et si Dieu avait
voulu, les gens qui vinrent après eux ne se seraient pas
entre-tués, après que les preuves leur furent venues mais ils
se mirent à disputer ( ~ ): certains parmi eux ont cru et
d'autres furent incrédules."
F4. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.19, an 2-3 de
l'Hégire:
"Ceux à qui le Livre a été apporté ne se sont
disputés (~ ), rebellés les uns contre les autres, qu'après
que science leur fut venue."
F5. Le Plateau servi (Al Ma'ida) 5.14-15, an iOde
l'Hégire
Parmi ceux qui disent: " Nous sommes chrétiens, nous
avons accepté l'alliance", certains ont oublié une partie
de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux
l'hostilité et la haine, jusqu'au Jour de la résurrection...
Dieu leur montrera bientôt ce qu'ils ont fait.
O gens du Livre! Notre prophète est venu à nous. Il vous
explique une grande partie du Livre que vous cachiez. Il en
abroge une grande partie. " (Trad. D. Masson)
Ces passages nous apprennent que les chrétiens se divisèrent
(Fl, F2) à cause de la jalousie et de la haine (F2, F4), qu'ils
eurent des différends (F3, F4); aussi Dieu suscita-t-il
l'hostilité et la haine entre eux (FS); jusqu'à s'entre-tuer
(F3).
Il nous est encore dit qu'ils oublièrent une partie de leur
Livre et de leur alliance (F5), qu'ils en cachèrent une grande
partie (F5) et qu'ils sont dans un doute qui mène à
l'incertitude (F1).
Pourtant, comme nous l'avons déjà constaté dans le
paragraphe B, il nous est dit ici que "certains crurent
" (F3).
L'histoire chrétienne et profane confirme l'existence des
divergences et des combats sanglants entre chrétiens. L'Eglise
Copte d'Egypte fut déclarée hérétique par les Eglises Romaine
et Byzantine. Pourtant elles s'appuyaient toutes deux sur la
même Bible ; il en est d'ailleurs de même entre les chiites et
les sunnites, qui, bien qu'étant tous deux des mouvements
musulmans et possédant le même Coran, ne s'en sont pas moins
violemment combattus.
Aucun des passages relevés n'accuse des chrétiens
incrédules d'avoir altéré leur Bible ; beaucoup moins encore
peut-on penser que les chrétiens fidèles aient osé le faire!
G. Versets qui attestent que les juifs
refusèrent le Coran, tentèrent de le changer ou cachèrent des
versets de leur propre Torah et rejetèrent sa signification
Gl. Les Bestiaux (Al-An'am) 6.89-92, période mecquoise
tardive:
"C'est à eux (les prophètes de Noé à Jésus
énumérés dans les versets 84 à 86) que Nous avons apporté le
Livre et la sagesse et la fonction de prophète. Si ces
autres-là n'y croient pas, c'est certainement que Nous confions
ces choses à des gens qui n'en sont pas mécréants. Ils ne
mesurent pas Dieu à sa vraie mesure quand ils disent: Dieu n'a
rien fait descendre sur un humain ! Dis: "Qui a fait
descendre le Livre que Moïse a apporté à titre de lumière et
de guide pour les gens, que vous mettez en pages pour les
montrer, mais dont vous cachez beaucoup et par lequel vous avez
été instruits de ce que vous ne saviez pas non plus que vos
ancêtres? "... Voici un Livre que Nous avons fait
descendre, béni, confirmant ce qui EST entre ses mains (la
Torah) - afin que tu avertisses la Mère des Cités et les gens
tout autour."
G2. Houd (Hud) 11.110, période mecquoise tardive:
"Et très certainement Nous avions donné à Moïse le
Livre. Puis on y divergea. Et, n'était qu'une parole de la part
de ton Dieu eût pris les devants, tout aurait été décidé
entre eux Oui, ils sont à son sujet, en un doute qui mène à
l'incertitude." (Même idée en 10.93)
G3. La vache (Al-Baqara) 2.85, an 2 de l'Hégire:
"Croyez-vous donc à une certaine partie du Livre et
restez-vous incrédules à l'égard d'une autre ! Quelle sera la
rétribution de celui d'entre vous qui agit ainsi, sinon d'être
humilié durant la vie de ce monde et d'être refoulé vers le
châtiment le plus dur, le Jour de la Résurrection?" (Trad.
D. Masson)
G4. 2.89-90
"Lorsqu'un Livre venant de Dieu, et confirmant ce qu'ils
ONT AVEC EUX (la Torah) leur est parvenu... ils n'y crurent
pas... Combien est exécrable ce contre quoi ils ont troqué
leurs âmes! " (Trad. D. Masson)
G5. 2.97,101:
"C'est lui (Gabriel) qui a fait descendre sur ton coeur
avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui EST entre
ses mains (la Torah)... Lorsqu'un prophète envoyé par Dieu est
venu à eux, confirmant ce qu'ils ONT AVEC EUX (la Torah), plusieurs
(fariq ) de ceux auxquels le Livre avait été donné rejetèrent
derrière leur dos le Livre de Dieu comme s'ils ne savaient rien
(de ce qu'il contenait)."
G6. 2.140:
"Diront-ils : 'Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les
tribus, étaient-ils vraiment juifs ou chrétiens?' Dis : 'Est-ce
vous, ou bien Dieu, qui êtes les plus savants?' Qui est plus
injuste que celui qui cache un témoignage qu'il A de Dieu?
"(Trad. D. Masson)
G7. 2.146:
" Ceux à qui Nous avons donné le Livre le reconnaissent
comme ils reconnaissent leurs enfants. Oui, or partie d'entre eux
cachent la vérité alors qu'ils SAVENT!"
G8. 2.159:
"Ceux (d'entre les juifs) qui cachent les Signes
manifestes et la direction que Nous avons révélés depuis que
Nous les avons fait connaître aux hommes au moyen du Livre:
voilà ceux que Dieu maudit." (Trad. D. Masson)
G9. 2.174:
"Ceux qui cachent ce que Dieu a fait descendre du fait du
Livre et le vendent à vil prix, ceux-là ne s'emplissent le
ventre que de Feu."
G10. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.69-71, an 2-3 de
l'Hégire:
"Une partie (Ta'ifa, ~ ) des gens du Livre
aurait voulu vous égarer: ils n'égarent qu'eux-mêmes et ils
n'en n'ont pas conscience.
O gens du Livre ! Pourquoi êtes-vous incrédules envers les
signes de Dieu, alors que vous en êtes témoins?
O gens du Livre ! Pourquoi dissimulez-vous la Vérité sous le
mensonge? Pourquoi cachez-vous la vérité, alors que vous
SAVEZ?" (Trad. D. Masson)
G11. 3.75:
"Certains parmi les gens du Livre te rendront le
quintar que tu leur as confié. D'autres ne te rendent le dinar
que tu leur as confié que si tu les harcèles." (Trad. D.
Masson)
G12. 3.199:
"Oui, il y en a parmi les gens du Livre qui certes
croient en Dieu et en ce qu'on a fait descendre vers vous et
en ce qu'on a fait descendre vers eux, humbles qu'ils sont devant
Dieu et ne vendant point les signes de Dieu à vil prix. Voilà
ceux dont le salaire est auprès de leur Seigneur. En vérité,
Dieu est prompt de compter."
Ces versets font état de plusieurs accusations portées
contre les juifs. Ils se sont écartés de la Torah et éprouvent
un grand doute (G2). Ils écrivent leurs livres sur des feuilles
séparées dont ils montrent certaines et cachent beaucoup, selon
ce qu'ils veulent que les musulmans voient (G1).
Mais les plus graves accusations contre les juifs ont trait à
leur attitude face au Coran. Ils refusent de croire au Coran (G3)
et rejettent les signes de Dieu (G10). Ils vendent les signes de
Dieu et leurs propres âmes pour un vil prix (G9, G12). Ils
cachent la vérité - c'est-à-dire le témoignage rendu au Coran
- dans leurs Ecritures (G6, G7, G9, GlO) et dissimulent la
vérité concernant le Coran sous le mensonge (G10). Ils
n'acceptent que la partie du Coran qui leur convient et rejettent
le reste (G3) ; ils rejettent le Livre derrière leur dos (G5).
Cependant le Coran déclare qu'ils ont la Torah AVEC EUX (G4,
G5) et rend témoignage à la vérité de la Torah qui est
"entre leurs mains" (G1, G5). Les juifs ONT un
témoignage de Dieu (G6) ; ils sont des "témoins"
(G10); ils ONT la connaissance (G7, G10); ils LISENT le Livre.
Un autre verset qui résume le mieux ce jugement du Coran est
tiré de la Sourate de la Vache (Al-Baqara) 2.40-44, datée de
l'an 2 de l'Hégire. On lit
"O fils d'Israël... croyez à ce que J'ai révélé,
confirmant ce qui EST AVEC VOUS (la Torah). Ne soyez pas les
premiers à ne pas croire ; ne troquez pas mes signes à vil
prix... Ne dissimulez pas la vérité en la revêtant du
mensonge... Commanderez-vous aux hommes la bonté, alors que
vous-mêmes, vous l'oubliez? Vous LISEZ le Livre."
Le Coran vient donc à l'appui de la vérité de la Torah qui
est AVEC les juifs et qu'ils ETUDIENT. Les juifs incrédules
attendent la bonté de la part des autres, mais ils oublient de
la pratiquer eux-mêmes parce qu'ils mentent en rejetant le Coran
et cachent, dans leurs Ecritures, la vérité le concernant.
Le Coran reconnaît aussi qu'une partie du peuple du Livre est
parfaitement honnête (G 12), qu'elle croit en Dieu et que
certains d'entre les juifs acceptent le Coran au même titre que
la Torah.
Mais remarquons qu'aucun des versets évoqués ne contient
le moindre reproche adressé par Dieu, accusant les juifs
incrédules d'avoir modifié les mots de la Torah; et des juifs
tels que Abdullah Ibn Salam et Mukhairiq qui ont accepté le
message du Prophète et sont devenus musulmans n'auraient
certainement pas apporté de changements à la Torah.
H. Versets qui parlent spécifiquement de Tahrif
Quatre versets du Coran reprochent aux juifs d'avoir modifié
ou altéré (harrafa, ~ ) des mots et un autre les accuse de
déformer la lecture par une gymnastique de leurs langues.
Examinons ces versets dans leur contexte global. Souvenons-nous
cependant que les quelques 50 ou 60 citations coraniques
représentent déjà un contexte élargi de ces versets - dans le
cadre plus général du Coran tout entier.
H1. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.78, an 2-3 de
l'Hégire:
"Oui, et il y en a parmi eux (le peuple du Livre)
qui roulent leurs langues avec une Prescription ( ~ ~ ) pour vous
faire croire qu'elle est du Livre, alors qu'elle n'est point du
livre; et ils disent : 'Elle vient de Dieu', alors qu'elle ne
vient point de Dieu. Et ils disent le mensonge contre Dieu. Alors
qu'ils savent!"
Ce verset accuse ouvertement les juifs de déformer les mots
au cours de leur lecture. Ils le font pour faire croire à leur
auditeurs qu'il s'agit d'autres mots de la Torah et, par
conséquent, de Dieu. Le verset coranique déjoue la ruse en
affirmant : "il ne vient pas du Livre, et il n'est pas de
Dieu".
H2. Le Plateau servi (Al-Ma'ida) 5.13-14, an 10 de
l'Hégire
"Et Dieu, très certainement, prit l'engagement des
enfants d'Israël. Et Nous suscitâmes d'entre eux douze chefs...
Et puis à cause de leur violation de l'engagement, Nous les
avons maudits et endurci leurs coeurs: ils détournent le mot de
ses sens (~ ~ ~ ) et oublient une partie de ce par quoi on les a
rappelés. Tu ne cesseras pas d'entrevoir de la trahison de leur
part sauf d'un petit nombre d'entre eux, Pardonne-leur
donc et passe. Oui Dieu aime les bienfaisants."
Les juifs incrédules, dont le coeur a été endurci parce
qu'ils ont violé l'alliance, "ont détourné le mot de ses
sens" , et oublient (à dessein) une partie de leur
loi."
Pris isolément, ce verset pourrait signifier que les juifs
découpaient au couteau des parties de leur Torah pour en changer
des mots ou supprimer des passages entiers. Mais les sections D
et E, ainsi que la référence H6, ont montré que le Coran
considére la Torah comme "étant AVEC les juifs",
comme "ETANT lue" par eux et comme "AYANT le
commandement de Dieu" en elle.
C'est pourquoi il doit vouloir reprocher aux juifs de
dissimuler certains versets et d'en lire d'autres hors de leur
contexte, comme le confirme l'exemple bien connu du verset sur la
lapidation. C'est ce qu'on appelle en arabe tahrif al-ma'nawi ( ~
~ ) ou "modifier le sens".(12)
Mais il faut fortement souligner cette petite expression
"sauf un petit nombre d'entre eux",. Ce témoignage
atteste qu'il existait quelques juifs intègres qui croyaient,
comme le confirme cette autre citation du Coran. Ces juifs
n'auraient jamais consenti à modifier quoi que ce soit ni dans
les mots ni dans la signification de leur Torah.
H3. La Famille d'Amram (Al 'Imran) 3.113-114, an 2-3 de
l'Hégire
"Ils ne sont pas tous égaux. Il est, parmi les gens
du Livre, une communauté droite ( ~ ~ ) qui, aux heures de
la nuit, récite en se prosternant les versets de Dieu. Ils
croient en Dieu et au Jour dernier, et ordonnent le convenable,
et interdisent le blâmable, et concourent aux oeuvres bonnes. Ce
sont des gens de bien..."
Dans les trois extraits coranique suivants, je crois que le
Coran accuse certains juifs non de changer leur Torah, mais de
modifier et de tordre le sens des paroles de Muhammad lorsqu'il
récitait ou expliquait le Coran.
H4. La vache (Al-Baqara) 2.75-79, an 2 de l'Hégire
"Eh bien, espérez-vous que ceux-là (les juifs)
deviennent croyants en votre faveur? Alors qu'un groupe
(fariq, ~ ) des leurs s'est trouvé entendre la parole de
Dieu, puis ils la corrompaient ( ~ ) après l'avoir comprise, -
alors qu'ils savaient!
Et quand ils rencontrent des croyants, ils disent "Nous
croyons" ,et une fois seuls entre eux ils disent
"Allez-vous leur raconter ce que Dieu vous a découvert
(dans la Torah)?" Pour qu'ils s'en fassent un argument
contre vous devant votre Seigneur ! Ne comprenez-vous donc pas?
Ne savent-ils pas qu'en vérité Dieu sait ce qu'ils cachent
et ce qu'ils divulgent? Et il y a parmi eux des illettrés qui ne
savent du Livre que leurs désirs et ne font que conjectures.
Malheur, donc, à ceux qui de leurs mains écrivent le Livre
puis disent: "C'est de la part de Dieu", pour le vendre
à vil prix. Malheur à eux donc, à cause de ce que leurs mains
ont écrit, et malheur à eux à cause de ce qu'ils acquièrent
!"
"Un groupe de juifs" (et non la totalité)
écoutent le lecture du Coran et disent aux musulmans: "Nous
croyons". Puis ils "corrompent" sciemment les
explications données par Muhammad et répondent comme le décrit
d'une manière détaillée le passage suivant tiré de la Sourate
des femmes. Mais en privé, ils s'adressent des reproches mutuels
en disant: "Pourquoi leur dévoilez-vous ce qu'affirme la
Torah? La prochaine fois, ils s'en serviront contre vous."
H5. Les Femmes (Al-Nisa') 4.44-47, an 5-6 de l'Hègire
"N'as-tu pas vu ceux-là à qui on a fait part du Livre
acheter l'egarement et chercher à ce que vous vous égariez du
chemin?
... Il en est parmi les judaïsés qui détournent les
mots de ses sens (~) et disent: "Nous avions entendu, mais
nous avons désobéi", ou : "Ecoute sans personne qui
te fasse entendre", ou : "Favorise-nous",
(Ra'ina), tordant la langue et attaquant la religion.
Si au contraire ils disaient : "Nous avons entendu et
nous avons obéi", et "Ecoute" et
"Regarde-nous" ce serait meilleur pour eux et plus
droit. Mais Dieu les a maudits à cause de leur incrédulité
donc, sauf un petit nombre, il ne croiront pas. O vous à qui on
a donné le Livre, croyez en ce que Nous avons fait descendre (le
Coran) en confirmation de ce qui EST AVEC NOUS (la Torah), avant
que Nous effacions les visages..."
Comme dans le texte précédent, l'accusation est portée
contre "ceux (certains) des juifs" qui
"détournent le mot de ses sens"; mais les exemples
donnés montrent bien qu'il s'agit des paroles de Muhammad. Yusuf
Ali explique admirablement cette attitude dans sa note qui
accompagne ce texte:
"Un artifice qu'utilisaient les juifs consistait à
tordre le sens des mots et des expressions pour tourner en
ridicule l'enseignement le plus solennel sur la religion. Alors
qu'ils auraient dû dire : "Nous entendons et nous
obéissons", ils affirmaient à voix haute: "Nous
obéissons" et ajoutaient en murmurant: "Nous
désobéissons" ; au lieu de déclarer avec le plus grand
respect: "Nous entendons", ils ajoutaient à voix basse
"ce qui ne s'entend pas" pour ironiser. Quand ils
voulaient attirer l'attention du Maître, ils se servaient d'une
formule ambiguë, apparemment innocente, mais en réalité
intentionnellement irrespectueuse. Quand les arabes veulent dire
"S'il te plaît, prête attention !", ils emploient
avec un profond respect l'expression 'Ra'ina' qui signifie aussi
"Regarde-nous". Avec une contorsion de leurs langues,
ces juifs prononçaient quelque chose comme 'O toi qui nous
mènes au pâturage !'"(13)
H6. Le Plateau servi (Al-Ma'ida) 5.41-48, an 10 de
l'Hégire:
"O messager ! Que ne t'affligent pas ceux qui
concourent en mécréance, de ceux dont la bouche dit: 'Nous
croyons' alors que leurs coeurs ne croient point! Ni non plus
ceux qui se sont judaïsés. Ce sont des espions qui n'écoutent
que pour le mensonge, espions qui écoutent pour les autres qui
ne viennent pas près de toi détournant ensuite le mot de ses
sens ( ~ ~ ) ils disent: 'Si c'est ça qu'on vous a donné, alors
recevez-le et si ce n'est pas ça qu'on vous a donné, alors
prenez garde!'... S'ils viennent chez toi, donc, juge entre eux :
ou laisse-les. Et si tu les laisses, jamais ils ne sauront en
quoi que ce soit te nuire. Et si tu juges, alors juge entre eux
à la balance. Oui Dieu aime ceux qui jugent à la balance. Mais
comment peuvent-ils te prendre pour juge (Muhammad), - et ils ONT
près d'eux la Torah où EST le jugement de Dieu -,et ensuite,
après cela, tourner le dos? Ces gens-là ne sont pas croyants !
Oui, Nous avons fait descendre la Torah, où IL Y A guidée et
lumière. Par elle jugent, parmi ceux qui sont judaïsés, les
prophètes - ceux là sont les soumis - ainsi que les rabbins et
les docteurs: par le Livre de Dieu dont on leur a confié la
garde, et dont ils étaient les témoins. Ne craignez donc pas
les gens, mais craignez-Moi. Et ne vendez pas Mes signes à vil
prix. Et quiconque ne juge pas d'après ce que Dieu a fait
descendre, eh bien, voilà les mécréants !
Et Nous y avons prescrit pour eux: vie pour vie, oeil pour
oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le
talion aussi pour les blessures. Après, quiconque en FAIT
charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas
d'après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les
prévaricateurs.
Et nous avons lancé sur leurs traces Jésus fils de Marie, en
tant que confirmateur de ce qui (la vérité) est entre les mains
de la Torah. Et Nous lui avons donné l'Evangile, - où IL Y A
guidée (direction) et lumière - en tant que confirmateur de ce
(la vérité) qui était entre les mains de la Torah, et en tant
que guidée et exhortation pour le pieux.
Que les gens de l'Evangile JUGENT d'après ce que Dieu y a
fait descendre. Et quiconque ne juge pas d'après ce que Dieu a
fait descendre, eh bien, voilà les pervers.
Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec
vérité, en tant que confirmateur (de la vérité) du Livre qui
est entre ses mains (en sa présence), et en tant que son
protecteur. Juge donc parmi eux d'après ce que Dieu a fait
descendre ; et ne suis pas leurs passions loin de la vérité qui
t'est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une voie et un
chemin.
Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous une seule
communauté. Mais non. Afin de vous éprouver en ce qu'Il vous
donne. Concurrencez-vous donc dans les bonnes oeuvres : vers Dieu
est votre retour a tous..."
Ce passage décrit donc une situation identique. Certains
"parmi les juifs (ou judaïsés)" qui prêtent
l'oreille à tout mensonge - même aux citations de paroles de
Muhammad par des gens qui ne l'ont jamais entendu -
"changent le mot de ses sens" (litt. qui changent le
mot de ses places, selon la note portée par Hamidullah dans la
Sourate 4.46). Ils disent: "Si Muhammad vous affirme telle
ou telle chose, acceptez-la. Sinon, prenez garde." Ce sont
les explications de Muhammad qu'ils faussent ou qu'ils rejettent,
et non leur Torah.
Cependant, même Si je commets une erreur d'interprétation,
car ces trois derniers passages font aussi allusion aux juifs qui
altèrent le sens de leurs propres Ecritures (al-tahrif
al-ma'nawi), le contexte général des versets mentionnés permet
de déduire les faits suivants:
1. Des juifs furent incrédules. Combien? Certains?
Beaucoup? La plupart? Mais certains CROYAIENT en Dieu et
désiraient accomplir sa volonté.
2. Le Coran atteste la vérité de la Torah qui EST AVEC
EUX.
3. Le Coran prête à Dieu les paroles selon lesquelles les
juifs "ONT la Torah qui contient le commandement de
Dieu."
4. Le principe "vie pour vie, oeil pour oeil" est
tiré de la Torah (Exode) comme un principe toujours valable
d'après lequel les juifs doivent JUGER à moins qu'ils ne
préfèrent FAIRE charité (ou pardonner la faute).
5. Le peuple de l'Evangile est invité à "JUGER
d'après ce que Dieu y a révélé",
De ces textes - les seuls qui parlent de tahrif - nous
concluons qu'à l'époque de Muhammad il y avait des juifs et des
chrétiens intègres qui possédaient, lisaient et suivaient la
Torah authentique et l'Evangile authentique.
3. Conclusion
Résumons ce que nous avons tiré de l'enseignement que donne
le Coran sur la Torah, sur l'Evangile et sur le peuple du Livre,
dans les divers groupes de versets coraniques.
Groupe A. La vraie Torah était connue de Jean-Baptiste
(Yahya, de Marie, de Jésus et de ses disciples au 1ère siècle.
Groupe B. Le Coran atteste l'existence de vrais
croyants chrétiens au moins jusqu'au début du monachisme, vers
300-350 ap. J.-C. On peut raisonnablement admettre que ces
fidèles croyants n'ont pas altéré leur propre Evangile,
autrement le Coran les désignerait de faux croyants.
Groupe C. Le Coran confirme la vérité des livres
antérieurs qui sont "entre ses mains" c'est-à-dire
"en sa présence" ou "sous ses yeux". Ces
livres sont AVEC les mecquois, mais puisque ces derniers ne
pouvaient pas comprendre les livres antérieurs, il fallut leur
donner le Coran arabe.
Groupe D. D'après le Coran, Dieu lui-même, ou
Muhammad à qui il l'ordonnait, en appelle à la Torah et à
l'Evangile plus de vingt fois. Les Psaumes de David et la Torah
sont mentionnés. Muhammad demande aux juifs d'apporter la Torah
pour résoudre un différend. Les gens LISENT la Torah et
l'Evangile qui sont AVEC EUX.
Groupe F. Les chrétiens se sont divisés et combattus
mutuellement, et ils ont oublié une partie du Livre, mais aucun
verset n'affirme qu'ils ont modifié ou corrompu le texte.
Groupes G et H. Certains des juifs sont coupables de
al-tahrif al-ma'nawi parce qu'ils dissimulent des choses qui sont
écrites dans leurs Livres et rejettent des passages qui ne leur
conviennent pas. Ils rejettent le Coran, le revêtent de
mensonge, vendent les signes de Dieu à vil prix, et sont
doublement coupables de tahrif parce qu'ils transforment aussi
les explications données par Muhammad. Mais rien, dans tout
cela, n'indique que même ces juifs incrédules ont modifié le
texte écrit de leur Torah ; de toute façon, les juifs croyants
ne l'ont pas altérée et n'auraient pas toléré que d'autres le
fassent.
Le Coran déclare lui-même dans la Sourate des Bestiaux
(Al-An'am) 6.34 : "Et nul ne peut changer les paroles de
Dieu", affirmation répétée dans la Sourate de Jonas
(Yunus) 10.64: "Pas de modifications aux paroles de
Dieu".
Notre étude du Coran aboutit donc à la seule conclusion
possible: des exemplaires de la VRAIE TORAH et DU VERITABLE
EVANGILE circulaient à La Mecque et à Médine à l'époque de
Muhammad. De plus, puisque aucun musulman n'a jamais trouvé dans
les bibliothèques islamiques une Torah différente ou un
Evangile différent, et puisque aucune découverte archéologique
n'a mis au jour une inscription gravée qui soit différente de
celles de la Torah et de l'Evangile "qui SONT AVEC
NOUS", je suis absolument convaincu que les livres qui
circulaient à La Mecque du vivant de Muhammad étaient
identiques A LA TORAH ET A L'EVANGILE QUE NOUS LISONS
AUJOURD'HUI.
1. Op..cit., E.J.Brill, Leiden, 1960, p.
XIII. Le Dr. Rahbar a occupé la chaire des études des langues
ourdou et pakistanaise à l'Université turque d'Ankara de 1956
à 1959 [retourner au texte]
2. Ibid., p. XVII [retourner au texte]
3. Ibid., p.XX. [retourner au texte]
4. Le Coran, Muhammad Hamidullah, le Club
Français du Livre, 1959. [retourner
au texte]
5. Le Coran, D. Masson, éditions
Gallimard, 1967, p. IX. [retourner
au texte]
6. Op. cit., au chapitre I, première
section. [retourner au texte]
7. Muhammad Marmaduke Pickthall, The
glorious Qu'ran, Muslim World League, New York, 1977. [retourner au texte]
8. Yusuf Ali, op cit., pp. 730 et 736. [retourner au texte]
9. Hamidullah, op. cit., p. 801. [retourner au texte]
10. Hamidullah, op. cit., p. 801. [retourner au texte]
11. The Coran, Sir W. Muir, S.P.C.K.,
E.& J.P. Young & Co, 1896, p.209. Rapporté également
par Tabari [retourner au
texte]
12. Changer les mots qui sont dans le
texte est taxé de al-tahrif al-lafzi (~~) [retourner au texte]
13. Yusuf Ali, op. cit., notes 565 et 566,
p.194. [retourner au texte]
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